Katy.
Katy, jeune débaucharde aux yeux couleur prairie. Qui se cache derrière sa frange rousse et sa pâle peau, vagabonde du soleil. Je te regarde, tu mimes une grimace. Une infantile demoiselle, fêtarde attardée, guidée par un féroce appetit alcoolique. Tu passes ton regard méprisant de gens en gens, jugeant et critiquant de ta voix de crecelle. Ta vie ne se résume pas à grand chose : amours douloureux, cuites et drogue. Tu ris jaune de ma main tendue, tu frises le ridicule et tout le monde t'admire. Tu cours, plus vite encore et encore. Ne vois pas le ravin. Te raccroche juste à temps à ta musique. Et puis tu sombres, dans le sombre profond de ta vie.
Une ruelle parisienne, sombre. Qui pue les abandons de chiens et la pizza. J'habite ici.
Dans un minuscule appartement du fin fond du Paris-je-m'y-perd. Rempli de bouquins et de CD, de trucs inutiles, de souvenirs douloureux. Des photos mal cadrées, de Doisneau (plus belles évidamment...) accrochées au mur, pour cacher la peinture éccailleuse et les longues fissures. Des taches blanchâtres sur la moquette marron, cachée par des monticules de linges. La télé qui grésille dans le vide.
Je titube jusqu'au vieux canapé et m'y affale, sans autre forme de procès. La tête vide, dénuée d'esprit et de pensée. Juste un mal de crâne envahisseur qui m'empêche de réflechir. Le syndrome du jeune qui revient de boîte. La geule de bois, vous connaissez ?
Un médoc', vite.
Je me dirige vers la salle de bain, pouvant à peine ouvrir les yeux. J'es les cheveux en bataille, la peau griffée et je pue l'alcool. L'exitation de la nuit retombe durement sur mes épaules, la fatigue m'assaille. Le petit réveil du lavabo indique 7h34. La fête a finit tard.
J'évite de me regarder dans la glace, un infarctus est si vite arrivé et plonge mes mains dans le tas de cotons démaquillants, tubes d'eye-liner, rouge à lèvres, coton-tiges, trousse de toilettes, brosses à dents et autres... Dans tout ce qui fait l'apparat de la belle jeune fille, maudissant le mauvais rangement. J'attrape enfin la trousse à pharmacie et sort vite une pillule contre le mal de tête.
Et finit la journée à peine commençée sur le canapé, bavant à qui mieux mieux.
- Katy ? Katy ?
Je me reveille en sursaut.
Gros plan sur le visage de Zara, ma collocatrice et amie de toujours.
Zara me sourit, avec son grand sourire de trois mètres de long, ses dents blanches étincellantes. Elle n'a d'ailleurs que ça de blanc. Sa peau, ses yeux et ses cheveux sont noirs. Noir jais, noir profond, noir total. Zara est malienne, a un gros nez, bosse son bac S avec ardeur, reste célibataire endurcis mais continue à sourire, sourire et encore sourire. La grande naïve du monde, l'optimiste gaie et joyeuse. Parfois elle m'énerve avec sa gentillesse sans borne. Et la, elle m'énerve.
- Za... Za... Ra ! Pou"quoi tu m'réveill" ??? balbutie-je
- Parce que c'est 17 heure ! s'exclame t-elle en me relevant péniblement. Dans un 5 minutes, il ya la répèt, t'avais pas oublié quand même ?!
- Mais non... Mais non...
J'avais complétement oublié.
Je me lève en sursaut, enfile un jean propre, me brosse les cheveux, ce qui n'est pas du luxe et rattrape Zara qui marche déjà dans la ruelle, trimbalant son sac fourre-tout beige. Si je dois avouer que Zara est un paradoxe, tant les quotas de la mode, les magazines et les remarques de ses camarades devraient normalement la rendre malheureuse, elle a très bon goût pour les vêtements et sait exactement ce qui lui va ou pas. Même si elle se fiche completement de ce que pense les autres. Un exemple à suivre, moi j'dis.
- Attend-moi, Za' ! J'arrive à peine à marcher !
- Tu t'es encore enfiler des verres de vodkas à la pelle ? fit elle en ralentissent le pas.
- Tu crois pas si bien dire...
- Bon, dépeche-toi, sinon Shay et Morgan vont nous attendre.
- Je m'en fous, elles attendront. Elles y vont pas à pied, elles.